Saints Innocents, Martyrs - 28 décembre

Saints Innocents - ODM pinxit
Les Innocents suivent Jésus et Lui font cortège dans l’assemblée des Saints. Ils portent Son nom écrit sur leurs fronts; ils chantent sur des harpes harmonieuses un cantique nouveau que personne ne peut chanter.

Les Saints Innocents

Fleurs des Martyrs

Dieu permit le massacre des saints Innocents pour faire d'eux les prémices de la rédemption de Jésus-Christ. C'est la jalousie et la crainte qui poussèrent Hérode à commettre un crime inouï dans l'histoire; il en fut châtié et d'une manière terrible, car il mourut dans le désespoir et dévoré tout vivant par les vers.

Saint Augustin nous a dépeint le saisissant tableau de cette horrible boucherie: "Les mères s'arrachaient les cheveux; elles voulaient cacher leurs petits enfants, mais ces tendres créatures se trahissaient elles-mêmes; elles ne savaient pas se taire, n'ayant pas appris à craindre. C'était un combat entre la mère et le bourreau; l'un saisissait violemment sa proie, l'autre la retenait avec effort. La mère disait au bourreau: "Moi, te livrer mon enfant! Mes entrailles lui ont donné la vie, et tu veux le briser contre la terre!" Une autre mère s'écriait: "Cruel, s'il y a une coupable, c'est moi! Ou bien épargne mon fils, ou bien tue-moi avec lui!" Une voix se faisait entendre: "Qui cherchez-vous? Vous tuez une multitude d'enfants pour vous débarrasser d'un seul, et Celui que vous cherchez vous échappe!" Et tandis que les cris des femmes formaient un mélange confus, le sacrifice des petits enfants était agréé du Ciel.

Saint Jean, dans son Apocalypse, nous montre les saints Innocents entourant le trône de l'Agneau parce qu'ils sont purs, et Le suivant partout où Il va. "Demanderez-vous, dit saint Bernard, pour quels mérites ces enfants ont été couronnés de la main de Dieu? Demandez plutôt à Hérode pour quels crimes ils ont été cruellement massacrés. La bonté du Sauveur sera-t-elle vaincue par la barbarie d'Hérode? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents, et Jésus-Christ ne pourrait pas donner la vie éternelle à ceux qui ne sont morts qu'à cause de Lui? Les yeux de l'homme ou de l'ange ne découvrent aucun mérite dans ces tendres créatures; mais la grâce divine s'est plu à les enrichir", aussi l'Église a-t-elle établi leur fête au plus tard dès le second siècle.

(Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950)

Considérations

La fête des Saints Innocents remonte au Ve siècle environ. — Le massacre de ces enfants manifeste à sa manière la royauté de Jésus. C’est parce qu’Hérode croit à la parole des Mages et à celle des princes des prêtres, par lui consultés, qu’il voit un rival dans l’Enfant de Bethléem et poursuit jalousement ce «Roi des Juifs qui vient de naître». Mais, comme le chante l’Église: «Barbare Hérode, que crains-tu de la venue du Christ? Il ne ravit pas les sceptres mortels, Lui qui donne les royaumes célestes!». C’est la gloire de ce Dieu-Roi que les Innocents confessent par leur mort, et la louange qu’ils rendent à Dieu est un sujet de confusion pour les ennemis de Jésus (Intr.), car, loin d’atteindre leur but, ils n’ont fait que réaliser les prophéties, qui annonçaient que le Fils de l’homme reviendrait d’Égypte et que l’on entendrait à Bethléem les lamentations des mères pleurant leurs enfants (Év.). Pour peindre sous des couleurs plus vives leur désolation, Jérémie évoquait Rachel, mère de Benjamin, pleurant la perte de ses descendants.

Confessons par une vie exempte de vices, la divinité de Jésus que ces âmes innocentes ont confessée par leur mort (Or.).

Liturgie de la Messe

Introït

(Ps. 8, 3) De la bouche de nouveau-nés et de nourrissons, Vous avez tiré, Seigneur, une louange parfaite contre Vos ennemis. — Psaume. Seigneur notre Dieu, combien admirable est Votre nom, dans la terre entière! Gloria Patri.

Collecte

Dieu, dont d’innocents Martyrs ont en ce jour proclamé la gloire non par des paroles mais par leur mort, exterminez en nous le mal du péché, afin que Votre foi, proclamée par nos lèvres, reçoive aussi le témoignage de notre vie. Par Jésus-Christ, votre Fils, N.-S...

Mémoire de l'octave de la Nativité
Faites, ô Dieu tout-puissant, que de Votre Fils unique la nouvelle naissance selon la chair nous délivre, nous que l'antique esclavage retient encore captifs sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ...

Épître

En regard de l’horrible massacre provoqué par Hérode, l’Église, reprenant une des plus belles visions de saint Jean, nous montre le sort magnifique réservé dans le Ciel aux âmes virginales; totalement préservées du péché, elles forment la portion choisie de ceux qui ont été rachetés par l’Agneau de Dieu. Les Saints Innocents sont de ceux qui sont admis à suivre l’Agneau partout où Il va. — «Là où l’iniquité a abondé, s’est répandue plus abondante encore la bénédiction de Dieu.» (Saint Augustin)

Lecture de l’Apocalypse du bienheureux Apôtre Jean (14, 1-5)
En ces jours-là, je vis l’Agneau debout sur le mont de Sion, et avec Lui cent quarante-quatre mille (élus) qui portaient Son nom et le nom de Son Père gravés sur leur front. Et j’entendis une voix du Ciel, comme le bruit de grandes eaux et comme le bruit d’un grand coup de tonnerre. Et la voix que j’entendis était comme celle de joueurs de cithares qui jouent de leurs cithares. Ils chantaient une sorte de chant nouveau en face du trône et en face des quatre animaux et des vieillards. Personne ne pouvait chanter ce nouveau chant que les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges; ceux qui suivent l’Agneau partout où Il va. Ils furent rachetés d’entre les hommes, pour être une oblation pour Dieu et pour l’Agneau, et dans leur bouche il ne s’est pas trouvé de mensonge, car ils sont sans tache devant le trône de Dieu.

Réflexion sur l'Épître

Heureux privilège de la virginité! les Innocents, parce qu’ils sont vierges, suivent Jésus et Lui font cortège dans l’assemblée des Saints. Ils portent Son nom écrit sur leurs fronts; ils chantent sur des harpes harmonieuses un cantique nouveau que personne ne peut chanter. Pour nous, pauvres exilés, soupirons après cette pureté qui mérite de si hautes distinctions dans la Patrie. Nous avons à traverser un monde corrompu et méchant; veillons pour n’être pas éteints de ses souillures. Défendons notre innocence comme le plus riche trésor; défendons-la même au péril de notre vie. Si déjà nous avions eu le malheur de la perdre, hâtons-nous de la réparer par les labeurs de la pénitence, afin de n’être pas repoussés du trône de l’Agneau et d’avoir au moins quelque part à Son joyeux triomphe. (Abbé Janvier)

Graduel

(Ps. 123, 7-8) Notre âme s’est échappée, comme le passereau du filet des chasseurs, ℣. Le filet s’est déchiré et nous fûmes délivrés: notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

L'alléluia ne se dit que le dimanche et le jour octave.

Alléluia, alléluia. ℣. Enfants, louez le Seigneur, louez le nom du Seigneur. Alléluia.

Trait

Ils ont répandu le sang des Saints comme de l’eau autour de Jérusalem, ℣. Et il n’y eut personne pour les ensevelir, ℣. Vengez, Seigneur, le sang de Vos Saints qui a été répandu sur la terre.

Évangile

Dès Son enfance, Jésus fut persécuté par les hommes. Pour être sûr d’arriver à ses fins, Hérode avait fait tuer tous les enfants de Bethléem jusqu’à l’âge de deux ans. Pour leurs mères ce fut une grande douleur, où saint Matthieu voit la réalisation d’une prophétie que Jérémie avait faite lors de la prise de Jérusalem par les Chaldéens. Les Juifs qui devaient être déportés à Babylone furent alors rassemblés à Rama, ville située à deux heures au nord de Jérusalem, sur l’ancien territoire de Benjamin. Pour exprimer combien grande fut alors la désolation du peuple de Dieu, le prophète, dans une figure saisissante, évoque Rachel, mère de Benjamin, sortant de son tombeau (qui était aux environs de Bethléem) et pleurant sur ses descendants.

Saints Innocents
Hérode envoya mettre à mort tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, à partir de deux ans et au-dessous.

Suite du saint Évangile selon saint Matthieu (2, 13-18).
En ce temps-là, un Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit: «Lève-toi, prends l’Enfant et Sa Mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je te le dise; car Hérode va se mettre à la recherche de l’Enfant pour Le faire périr». Joseph se leva, prit l’Enfant et Sa Mère pendant la nuit et s’en alla en Égypte. Il y demeura jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait dit par les paroles du prophète: «J’ai rappelé Mon Fils d’Égypte». Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les Mages, entra dans une grande colère, et il envoya mettre à mort tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, à partir de deux ans et au-dessous, suivant le temps dont il s’était enquis auprès des Mages. Alors s’accomplit la parole du prophète Jérémie: «Une voix s’est fait entendre à Rama, une plainte et un grand gémissement: c’est Rachel qui pleure ses enfants et elle ne veut pas se laisser consoler, parce qu’ils ne sont plus».

Réflexion sur l'Évangile

Mères de Bethléem, pleurez sur vous-mêmes, et non pas sur vos enfants. On les a ravis à votre sein; mais Dieu les a reçus dans Son paradis. Heureux et resplendissants de gloire, comme une moisson de fleurs nouvellement écloses, ils ont été enlevés avant l’orage pour former la couronne du Nouveau-né. Consolez-vous, ô Rachel! leur sort est digne d’envie. Tendres agneaux, douces victimes, sans avoir connu les amertumes de la vie, ils ont eu le bonheur de mourir à la place de Jésus et d’être Ses premiers martyrs. Cessez donc ces larmes, Celui qui les a reçus vous les rendra; maintenant ils prient pour vous, et vous tendent les bras du haut du Ciel. Bientôt vous irez vous unir à eux, et vous les verrez pour jamais triomphants à la suite de l’Agneau. (Abbé Janvier)

Sources: Missel quotidien et vespéral, par Dom Gaspar Lefebvre et les Bénédictins de l'Abbaye de St-André, Apostolat Liturgique, Bruges, 1951
Épîtres et Évangiles des dimanches et des principales Fêtes de l’année, avec des Réflexions, par M. l’abbé Pierre-Désiré Janvier, Doyen du Chapitre de l’Église métropolitaine de Tours, Maison Mame, 1938

Prière

Nous rendons hommage à votre triomphe, bienheureux Enfants, et nous vous félicitons d'avoir été choisis pour les compagnons du Christ au berceau. Quel glorieux réveil a été le vôtre, lorsque après avoir passé par le glaive, vous avez connu que bientôt la lumière éblouissante de la vie éternelle allait être votre partage! Quelle reconnaissance vous avez témoignée au Seigneur qui vous choisissait ainsi, entre tant de milliers d'autres enfants, pour honorer par votre immolation le berceau de Son Fils! La couronne a ceint votre front avant le combat; la palme est venue d'elle-même se poser dans vos faibles mains, avant que vous eussiez pu faire un effort pour la cueillir: c'est ainsi que le Seigneur S'est montré plein de munificence, et nous a fait voir qu'Il est maître de Ses dons. N'était-il pas juste que la Naissance du Fils de ce souverain Roi fût marquée par quelque magnifique largesse? Nous n'en sommes point jaloux, ô Martyrs innocents! Nous glorifions le Seigneur qui vous a choisis, et nous applaudissons avec toute l'Église à votre inénarrable félicité.

Ô fleurs des Martyrs! permettez que nous mettions en vous notre confiance, et que nous osions vous supplier, par la récompense gratuite qui vous a été octroyée, de n'oublier pas vos frères qui combattent au milieu des hasards de ce monde de péché. Ces palmes et ces couronnes, dans lesquelles se joue votre innocence, nous les désirons aussi. Nous travaillons rudement à nous les assurer, et souvent nous nous sentons au moment de les perdre pour jamais. Le Dieu qui vous a glorifiés est aussi notre fin; en Lui seul aussi nous trouverons le repos; priez, afin que nous arrivions jusqu'à Lui.

Demandez pour nous la simplicité, l'enfance du cœur, cette naïve confiance en Dieu qui va jusqu'au bout dans l'accomplissement de Ses volontés. Obtenez que nous supportions avec calme Sa croix, quand Il nous l'envoie; que nous ne désirions que Son bon plaisir. Au milieu du sanglant tumulte qui vint rompre votre sommeil, votre bouche enfantine souriait aux bourreaux; vos mains semblaient se jouer avec ce glaive qui devait percer votre cœur; vous étiez gracieux en face de la mort. Obtenez que nous aussi, nous soyons doux envers la tribulation, quand le Seigneur nous l'envoie. Qu'elle soit pour nous un martyre par la tranquillité de notre courage, par l'union de notre volonté avec celle du Maître souverain, qui n'éprouve que pour récompenser. Que les instruments dont Il Se sert ne nous soient point odieux; que la charité ne s'éteigne point dans notre cœur; et que rien n'altère cette paix sans laquelle l'âme du chrétien ne saurait plaire à Dieu.

Enfin, ô tendres agneaux immolés pour Jésus, vous qui Le suivez partout où Il va, parce que vous êtes purs, donnez-nous d'approcher de l'Agneau céleste qui vous conduit. Établissez-nous en Bethléhem avec vous; que nous ne sortions plus de ce séjour d'amour et d'innocence. Présentez-nous à Marie, votre Mère, plus tendre encore que Rachel; dites-Lui que nous sommes Ses enfants, que nous sommes vos frères; et comme Elle a compati à vos douleurs d'un instant, qu'Elle daigne avoir pitié de nos longues misères.

Dom Prosper Guéranger, o.s.b., L'Année liturgique, Paris, Librairie religieuse H. Oudin, 1900, Tome I