5e dimanche du Carême – Dimanche de la Passion – Qui de vous Me convaincra de péché?

Jésus chasse un démon d'un possédé
Jésus leur dit: «En vérité, en vérité, Je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je suis.» Alors ils prirent des pierres pour les Lui jeter.»

Considérations

«Le mystère pascal, dit saint Léon, occupe le premier rang parmi toutes les solennités de la religion. Et s’il est vrai que notre manière de vivre durant l’année tout entière doit nous disposer, par la réforme de nos mœurs, à le célébrer d’une manière digne et convenable, les jours que nous allons vivre exigent de nous la dévotion la plus grande qui soit, puisque nous savons qu’ils sont proches de celui où se célèbre le mystère sublime entre tous de la divine miséricorde» (2e nocturne). — Ce mystère est celui de la Passion et de la Résurrection du Sauveur dont l’anniversaire approche. Pontife et Médiateur du Nouveau Testament, Jésus va bientôt monter sur Sa croix et le sang de Son sacrifice, Il le présentera à Son Père en entrant dans le vrai Saint des saints qui est le Ciel (Ép.). «Voici, chante l’Église, que resplendit le mystère de la Croix où la Vie a subi la mort et par Sa mort nous a rendu la vie» (Hymne des vêpres). L’Eucharistie est le mémorial de cet amour immense d’un Dieu pour les hommes, puisqu’en l’instituant, Jésus a dit: «Ceci est Mon Corps qui sera livré pour vous; ceci est le calice de la nouvelle alliance en Mon Sang. Faites ceci en mémoire de Moi.»

En réponse à toutes ces bontés divines que fit l’homme? «Les uns ne Le reçurent pas», dit saint Jean, en parlant de l’accueil que les Juifs firent à Jésus. «Pour le bien on Lui rendit le mal» (4e ant. de laudes) et on ne Lui réserva que des outrages. «Vous, leur dira Jésus, vous Me déshonorez.» L’évangile nous montre en effet la haine grandissante du Sanhédrin. Abraham, le père du peuple de Dieu avait cru fermement aux promesses divines qui annoncent le Christ, et dans les limbes, son âme, que n’a pu atteindre la mort éternelle car elle a eu foi en Jésus, s’est réjouie lorsqu’elle a vu ces promesses réalisées par la venue du Sauveur. Mais les Juifs qui auraient dû reconnaître en Jésus le Fils de Dieu, plus grand qu’Abraham et les prophètes, puisqu’Il est éternel, méconnurent le sens de Ses paroles et après L’avoir insulté, en Le traitant de possédé et de blasphémateur, voulurent Le lapider (Év.). Cependant Jésus les domine de toute Sa personnalité et de Sa mission divines: «Ne crains pas devant leur face, est-il dit de Lui en la personne de Jérémie. Je T’ai établi comme une ville forte et une colonne de fer et un mur d’airain, contre les rois de Juda, contre ses princes, contre ses prêtres et contre son peuple. Et ils combattront contre Toi mais ne Te vaincront pas, parce que Je suis avec Toi pour Te délivrer, dit le Seigneur» (1re nocturne). «Pour Moi, dit Jésus, Je ne cherche pas Ma propre gloire; il est quelqu’un qui la cherche et qui juge» (Év.); et par la bouche du psalmiste Il continue: «Jugez-Moi, ô Dieu, et séparez Ma cause de celle d’un peuple impie; délivrez-Moi de l’homme pervers et trompeur» (Intr.). Ce peuple est «menteur» (Év.), affirme Jésus: «Délivrez-Moi de Mes ennemis, continue le psalmiste, arrachez-Moi à la violence du méchant» (Grad.) «Ils ont prolongé leurs iniquités, mais le Seigneur dans Sa justice tranchera la nuque au pécheur» (Trait). Dieu, en effet, ne permit pas aux hommes de mettre la main sur Jésus avant que ne vînt Son heure (Év.); et lorsque l’heure de Son immolation eut sonné, ce fut aussi celle de Sa gloire puisque Dieu L’a ressuscité.

Cette mort et cette résurrection de Jésus avaient été annoncées par les prophètes et Isaac en avait été la figure lorsque, sur le point d’être immolé sur l’ordre de Dieu par Abraham son père, il avait été épargné par Dieu et rendu à la vie, puis remplacé par un bélier qui symbolisait l’Agneau de Dieu sacrifié pour les hommes. C’était la volonté de Dieu que Jésus passât par l’humiliation, la souffrance et la mort avant d’entrer dans Sa gloire. Mais les Juifs, aveuglés par leurs passions, ne voulaient qu’un messie glorieux; scandalisés par la croix de Jésus, ils ont rejeté leur Sauveur. C’est ainsi que Dieu les rejeta à leur tour, tandis qu’Il accueille avec bienveillance ceux qui mettent leur espérance en la rédemption de Jésus et savent porter leur croix à la suite de la Sienne. «Si nous souffrons avec le Christ, dit saint Paul, nous serons glorifiés avec Lui.» «L’attente de la béatitude éternelle est chose certaine et assurée, pour ceux qui savent participer à la passion du Seigneur» (S. Léon à matines).

Au souvenir de la Passion de Jésus dont l’anniversaire approche, rappelons-nous que pour en ressentir les bienfaisants effets, il nous faut, comme le Maître, savoir souffrir et lutter; s’il arrive que, membres du Christ, nous avons à souffrir pour Lui, demandons-Lui de nous soutenir et de nous faire triompher avec Lui.

La Station est dans la basilique de Saint-Pierre, élevée à l’emplacement du Cirque de Néron où le prince des Apôtres mourut comme son Maître sur une croix.

Liturgie de la Messe

Introït

(Ps. 42, 1-2) Faites-moi justice, Seigneur, et séparez ma cause de celle d’une nation impie; délivrez-moi de l’homme pervers et trompeur; car Vous êtes mon Dieu et ma sauvegarde. — (Ps.) Envoyez Votre lumière et Votre vérité: elles me guideront et me conduiront à Votre montagne sainte et à Vos tabernacles. Gloria Patri.

Collecte

Dieu tout-puissant, daignez tourner Vos regards vers Votre famille et lui être propice; mettez Votre bonté à prendre soin des corps et Votre sollicitude à garder les âmes. Par Jésus-Christ, Votre Fils, N.-S...

Épître

Saint Paul, se référant au sacerdoce de l’ancienne Loi, célèbre l’unique et éternelle médiation du Christ, Grand-Prêtre de la Loi nouvelle, qui nous lave tous dans Son Sang.

Lecture de l’Épître du bienheureux Apôtre Paul aux Hébreux (9, 11-15)
Mes frères, le Christ, survenant comme Pontife des biens à venir, usant d’un tabernacle plus grand et plus parfait qui n’est pas fait de main d’homme, c’est-à-dire qui n’appartient pas à cette création, et sans Se servir du sang des boucs et des taureaux mais de Son propre sang, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, après avoir conquis une rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux et l’aspersion faite avec les cendres d’une vache sanctifient ceux qui sont souillés et procurent la pureté de la chair, combien plus le Sang du Christ, qui par l’Esprit-Saint, S’est offert Lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-Il nos consciences des œuvres de mort, pour que nous servions le Dieu vivant! C’est pourquoi Il est le médiateur d’un nouveau Testament, en sorte que, Sa mort étant intervenue pour la rédemption des transgressions du premier Testament, ceux qui ont été appelés à l’héritage du Testament éternel entrent en possession de la promesse, dans le Christ Jésus, notre Seigneur.

Réflexion sur l'Épître

Étudiez ici les qualités de notre divin Pontife et la nature de Son sacrifice sur la Croix. Quel est le prêtre qui l’a offert? Jésus-Christ, le Dieu-Homme. Quelle en a été la victime? Lui-même, l’Homme-Dieu, l’Agneau sans tache. Par qui S’est-Il offert? par le Saint-Esprit, Dieu éternel. À qui a-t-Il été offert? au Père, Dieu vivant et véritable. Ô sacrifice divin de toutes parts! ô sacrifice infiniment digne de Dieu! Et pourquoi a-t-Il été offert? afin que nous fussions délivrés de nos péchés, et que, dégagés de toute œuvre morte, nous puissions servir saintement le Dieu vivant, et, en Le servant, mériter l’héritage éternel qu’Il nous a promis. Quelle bonté immense! quelle charité ineffable! Oui, Dieu nous a excessivement aimés, puisqu’Il n’a pas épargné Son propre Fils, et qu’Il L’a livré à la mort pour nous. Mais vous voyez comment vous répondez à cet excès d’amour. Êtes-vous délivré du péché? Servez-vous véritablement le Dieu vivant? Enfin, êtes-vous en état, si vous mouriez présentement, de mériter que Jésus-Christ vous dise: Venez, le béni de Mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé?
(Abbé Janvier)

Graduel

(Ps. 142, 9 et 10) ℣. Arrachez-moi à mes ennemis, Seigneur; enseignez-moi à faire Votre bon plaisir. ℣. Vous me délivrerez, Seigneur, d’un peuple en fureur; Vous m’élèverez au-dessus de mes adversaires; Vous me sauverez de l’homme pervers.

Trait

(Ps. 128, 1) On M’a souvent traqué depuis Ma jeunesse, ℣. Israël peut bien dire: on M’a souvent traqué depuis Ma jeunesse. ℣. Mais on ne M’a pas vaincu. Les pécheurs ont labouré Mon dos. ℣. Ils ont tranché la nuque aux ennemis.

Évangile

«Les paroles que dit ici Jésus, explique saint Grégoire, sont vraiment terribles: Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Et si vous ne les écoutez pas, c’est que vous n’êtes point de Dieu.» Que chacun se demande donc si l’oreille de son cœur perçoit les paroles de Dieu, et il connaîtra à qui il appartient» (3e nocturne). — Les Juifs, qui ont rejeté le témoignage du Christ et refusé de reconnaître Sa divinité, se sont écartés de Celui qui venait les sauver.

Suite du saint Évangile selon saint Jean (8, 46-59).
En ce temps-là, Jésus disait à la foule des Juifs: «Qui de vous Me convaincra de péché? Si Je dis la vérité, pourquoi ne Me croyez-vous pas? Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Voilà pourquoi vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu». Les Juifs Lui répondirent: «N’avons-nous pas raison de dire que Tu es un Samaritain et un possédé du démon?» Jésus leur répondit: «Je ne suis pas possédé du démon, mais J’honore Mon Père; et vous, vous refusez de M’honorer. Pour Moi, Je ne cherche pas Ma propre gloire; il y a quelqu’un qui la cherche et qui juge. En vérité, en vérité, Je vous le dis, celui qui garde Ma parole ne verra jamais la mort». Les Juifs Lui dirent: «Maintenant nous savons que Tu es possédé du démon; Abraham est mort et les prophètes aussi, et Tu dis: celui qui gardera Ma parole ne goûtera jamais la mort. Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort, et que les prophètes, qui sont morts? Qui prétends-Tu être?» Jésus répondit: «Si Je Me glorifie Moi-même, Ma gloire n’est rien; c’est Mon Père qui Me glorifie, Lui dont vous dites qu’il est votre Dieu. Mais vous ne Le connaissez pas, tandis que Moi Je Le connais; et si Je disais que Je ne Le connais pas, Je serais semblable à vous, un menteur. Mais Je Le connais et Je garde Sa parole. Abraham votre père s’est réjoui de voir Mon jour; il l’a vu et s’en est réjoui». Les Juifs Lui dirent: «Tu n’as pas encore cinquante ans, et Tu as vu Abraham?» Jésus leur dit: «En vérité, en vérité, Je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je suis». Alors ils prirent des pierres pour les Lui jeter; mais Jésus Se cacha et sortit du Temple.

Réflexion sur l'Évangile

Voulez-vous savoir si vous appartenez à Dieu? Examinez quelle impression Sa parole fait sur votre cœur. Elle vous commande d’aspirer au Ciel, de réprimer les désirs de la chair, de mépriser la gloire du monde, de ne pas envier les biens du prochain, de faire l’aumône: jugez-vous d’après cela. Heureux celui qui garde la parole de vérité! Il ne mourra point. Que craignons-nous plus que la mort? Que désirons-nous plus que d’en être à jamais délivrés? Or la mort du corps n’est une mort véritable que pour les pécheurs, parce qu’elle est pour eux le passage de cette vie à une éternelle séparation de Dieu, à un supplice sans mesure. Mais pour le fidèle observateur de la loi, ce n’est point une mort, mais seulement une transition d’une vie temporelle et pleine de misère à une vie éternelle et glorieuse. Jésus n’a pu être convaincu de péché; Il est avant Abraham, avant tous les siècles; Sa parole est sainte et éternelle comme Lui: pourquoi l’ai-je si souvent dédaignée? – Ah! Seigneur, châtiez-moi comme il plaira à Votre miséricorde; mais que ce ne soit pas en Vous cachant à moi, en m’abandonnant dans Votre colère, comme Vous avez fait aux Juifs! Sans Vous, ô Jésus, qui peut connaître Dieu? qui peut aller à Lui? Faites descendre dans mon âme quelques rayons de Votre vérité, afin que je comprenne les mystères de Votre divine parole, et que je me sanctifie en l’observant fidèlement. (Abbé Janvier)

Sources: Missel quotidien et vespéral, par Dom Gaspar Lefebvre et les Bénédictins de l'Abbaye de St-André, Apostolat Liturgique, Bruges, 1951
Épîtres et Évangiles des dimanches et des principales Fêtes de l’année, avec des Réflexions, par M. l’abbé Pierre-Désiré Janvier, Doyen du Chapitre de l’Église métropolitaine de Tours, Maison Mame, 1938