Deuxième Dimanche du Carême - La Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ

La Transfiguration de Jésus au Thabor, ODM
Voici qu’une voix sortit de la nuée, disant: «Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis toutes Mes complaisances; écoutez-Le».

Considérations

La Station à Rome est dans l'église Sainte-Marie-in-Domnica, ainsi appelée parce que les chrétiens s'y réunissaient autrefois: le dimanche (dies dominica). On dit que c'est là que saint Laurent distribua les biens de l'Église aux pauvres. C'était une des paroisses romaines du Ve siècle.

Comme aux dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime, les textes de l'Ancien Testament forment la trame des messes des 2e, 3e et 4e dimanches du Carême, de sorte que les siècles passés, qui dans le plan divin préparaient le mystère pascal du Christ, continuent de nous y préparer.

En ce 2e dimanche de Carême, l'Église nous fait lire à matines l'histoire de la bénédiction solennelle accordée au Patriarche Jacob par son vieux père Isaac aux approches de sa mort. Tous les chrétiens connaissent cette belle page de la Genèse. À la suite d'Abraham et d'Isaac, c'est Jacob qui, par une disposition providentielle, est choisi de préférence à Ésaü, son aîné, pour devenir l'héritier des promesses et des bénédictions divines: «Sois le maître de tes frères; que les nations se prosternent devant toi. Toutes les nations seront bénies en toi et en Celui qui naîtra de toi.» (Gen. 27, 29 et 28, 14).

Les Pères n'ont pas manqué de voir dans le Patriarche Jacob évinçant son aîné pour devenir à sa place l'objet des prédilections divines, une figure du Christ, second Adam, devenu, de par Dieu, à sa place le chef d'une humanité régénérée et bénie de Dieu, Celui qui est «l'objet de toutes les complaisances» du Père céleste et en qui sont bénies toutes les nations. - Rapproché du texte de la Genèse, l'évangile de la Transfiguration leur a paru réaliser ce que préfigurait, jusque dans ses détails, le récit biblique de la bénédiction de Jacob. Dieu bénit Son Fils revêtu de notre chair, comme Isaac avait béni Jacob revêtu des vêtements de son frere; et saint Augustin, qui fait des peaux de chevreau, le symbole du péché, voit en Jacob qui s'en couvre le cou et les mains, «l'image de Celui qui étant sans péché a pris sur Lui ceux d'autrui» (2e nocturne de matines). - On voit comment dans l'histoire de Jacob tout est figuratif du Christ et de l'Église. Souvenons-nous que Jésus, le Fils de Dieu, que l'évangile d'aujourd'hui nous montre transfiguré sur le Thabor et l'objet des complaisances du Père, S'est solidarisé avec nous jusqu'à prendre «une chair semblable à notre chair de péché», comme dit saint Paul, et qu'Il est mort sur la croix pour faire de nous les cohéritiers de Sa gloire et des fils bien-aimes de Son Père des Cieux.

C'est en Jésus que nous sommes bénis par Dieu; c'est Lui qui est notre aîné, notre chef; réclamons-nous de Lui dans notre prière; obéissons à Sa loi et unissons-nous tous à Lui dans notre effort pour nous purifier et nous élever vers Dieu. — Les textes de la messe de ce 2e dimanche de Carême sont bien faits pour nous suggérer toutes ces dispositions d'âme qui doivent être les nôtres devant Dieu.

Liturgie de la Messe

Introït

(Ps. 24, 6, 3 et 22) Souvenez-Vous de Vos miséricordes, Seigneur, et de Vos bontés, qui sont éternelles. Que jamais nos ennemis n’aient le pas sur nous; délivrez-nous, Dieu d’Israël, de toutes nos angoisses. — Ps. Vers Vous, Seigneur, j’élève mon âme; en Vous mon Dieu, je mets ma confiance, que je ne sois pas confondu! Gloria Patri.

Collecte

Ô Dieu qui nous voyez dépourvus de toute force, gardez-nous au dedans comme au dehors: protégez nos corps contre tout malheur, purifiez nos âmes de toute pensée mauvaise. Par Jésus-Christ, Votre Fils, notre Seigneur.

Épître

Lecture de l’Épître du bienheureux Apôtre Paul aux Thessaloniciens (I Thess. 4, 1-7)
Mes frères, nous vous demandons et vous conjurons dans le Seigneur Jésus, de vous conduire comme nous vous avons appris qu’il fallait vous conduire et plaire à Dieu afin de faire de plus grands progrès. Vous savez, en effet, quels préceptes je vous ai donnés par le Seigneur. La volonté de Dieu, c’est votre sanctification: que vous vous absteniez de la fornication; que chacun de vous sache posséder son propre corps dans la sainteté et dans l’honneur, sans suivre la convoitise des passions, comme les païens qui ne connaissent pas Dieu; et que personne ne fasse tort à son frère ni ne le trompe en affaires, car Dieu punit tout cela, comme nous vous l’avons déjà dit et affirmé. Dieu, en effet, ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la sainteté, dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Réflexion sur l'Épître

Remarquons avec quelle force l’Apôtre insiste sur la pureté des mœurs qui doit reluire dans la vie du chrétien. L’Église lui emprunte aujourd’hui ces paroles afin d’exciter les fidèles à profiter du temps où nous sommes, pour rétablir en eux cette belle image de Dieu si vivement imprimée en nous par la grâce du baptême, et si horriblement défigurée par la laideur du péché. Notre corps lui-même doit participer à la sainteté de l’âme. Car il est comme un vase d’honneur, préparé et embelli par la main de Dieu, que l’onction des sacrements consacre et sanctifie; l’Apôtre va jusqu’à dire qu’il est le temple du Saint-Esprit. Respectons-le avec soin. Préservons-le de l’ignominie du vice, de la brutalité des passions déshonnêtes qui le dégraderaient et le rendraient indigne des gloires futures de la résurrection. Effaçons ses souillures passées à l’aide des pratiques de cette sainte quarantaine. Ne manquons pas de purifier notre âme par la confession de nos fautes, par la componction du cœur, par des actes de foi et de charité; mais en même temps faisons porter à notre corps le joug salutaire de la pénitence et de l’expiation. Que la pureté soit sa plus belle parure. Accoutumons-le à être en toutes choses le serviteur de l’âme et son docile instrument, afin qu’au jour où l’âme entrera dans la plénitude de son bonheur, il ait part à la surabondance des délices dont elle sera pour jamais inondée. (Abbé Janvier)

Graduel

(Ps. 24, 17-18) ℣. Les afflictions de mon cœur se sont multipliées; tirez-moi de mes angoisses, Seigneur. ℣. Voyez ma misère et ma peine, et pardonnez tous mes péchés.

Trait

(Ps. 105, 1-4) Louez le Seigneur, car Il est bon, car Sa miséricorde dure à jamais. ℣. Qui racontera les œuvres puissantes du Seigneur, qui publiera toute Sa gloire? ℣. Heureux ceux qui observent la loi, qui pratiquent la justice en tout temps. ℣. Souvenez-Vous de nous, Seigneur, dans Votre bienveillance pour Votre peuple; venez à nous, pour nous sauver.

Transfiguration de Jésus

Évangile

L’ordination du samedi des Quatre-Temps commençait jadis le soir, pour s’achever le dimanche matin. C’est pour ce motif que nous avons en ces deux jours le même évangile de la transfiguration sur le Thabor. — Que la vue des grandeurs de Jésus transfiguré nous prépare à contempler bientôt avec un grand esprit de foi les humiliations de Sa Passion.

Suite du saint Évangile selon saint Matthieu (17, 1-9).
En ce temps-là, Jésus prit avec Lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et Il fut transfiguré devant eux: Son visage resplendit comme le soleil, et Ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Élie leur apparurent, s’entretenant avec Lui. Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus: «Seigneur, il nous est bon d’être ici; si Vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour Vous, une pour Moïse et une pour Élie». Il parlait encore qu’une nuée lumineuse les recouvrit, et voici qu’une voix sortit de la nuée, disant: «Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis toutes Mes complaisances; écoutez-Le». À ces paroles, les disciples tombèrent le visage contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus, S’approchant, les toucha et leur dit: «Relevez-vous et n’ayez pas peur». Ils levèrent les yeux et ne virent plus que Jésus seul. Et pendant qu’ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre: «Ne parlez à personne de cette vision jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts».

Réflexion sur l'Évangile

Jésus-Christ conduit Ses disciples à l’écart sur une haute montagne, afin d’y prier plus tranquillement. C’est durant la prière qu’Il Se transfigure, parce que c’est du commerce intime qu’Il avait avec Dieu, Son Père, que Lui venait toute Sa gloire. Son visage brille comme le soleil, Ses vêtements étincellent de blancheur comme la neige, et Ses disciples sont ravis à la vue d’un si beau spectacle, image de celui dont nous jouirons au Ciel, où nous contemplerons non seulement les splendeurs de la sainte humanité de Jésus-Christ, mais les richesses mêmes de la Divinité dans leur magnificence et leur éclat. Tout ce qui peut nous être accordé en cette vie n’est rien en comparaison de ce bonheur. Animons-nous par l’espérance à soutenir tous les travaux et à supporter patiemment toutes nos peines. Les Apôtres sur le Thabor ne regrettent pas sans doute la peine qu’ils se sont donnée pour y monter avec le Sauveur. Ils reconnaissent, au contraire, qu’Il leur a fait une grâce signalée en les y conduisant avec Lui. Mais saint Pierre ne savait ce qu’il disait lorsqu’il demandait à dresser des tentes à Jésus et aux deux Saints qui L’accompagnaient. Ils n’en avaient pas besoin, et lui devait souffrir et combattre avant de jouir et d’être glorifié. Telle est la loi que Jésus-Christ a établie, et qu’Il ne cesse de nous enseigner par Ses préceptes et Ses exemples. Écoutons-Le, puisqu’Il est le Fils bien-aimé du Père et la source de la vraie sagesse. N’écoutons que Lui en Son Église. N’écoutons ni le monde, ni le démon, ni les passions, ni quelque créature que ce soit, au préjudice de l’obéissance qui lui Est due. – Parlez-nous, ô Jésus, par Vos ministres et par Votre Évangile; mais surtout parlez-nous Vous-même par Votre grâce. Vous êtes notre unique Maître: et quel bonheur n’est-ce pas pour nous d’être Vos disciples! Faites que nous Vous écoutions toujours, que nous croyions fermement à ce que Vous avez enseigné, et que nous pratiquions fidèlement ce que Vous avez ordonné. Faites enfin que nous vivions purs et sans tache dans l’attente du jour où Vous transformerez nos corps mortels pour les rendre semblables à Votre corps glorieux, et leur donner part à cette félicité des élus dont Vous faites éclater aujourd’hui quelques traits dans Votre transfiguration. (Abbé Janvier)

Sources: Missel quotidien et vespéral, par Dom Gaspar Lefebvre et les Bénédictins de l'Abbaye de St-André, Apostolat Liturgique, Bruges, 1951
Épîtres et Évangiles des dimanches et des principales Fêtes de l’année, avec des Réflexions, par M. l’abbé Pierre-Désiré Janvier, Doyen du Chapitre de l’Église métropolitaine de Tours, Maison Mame, 1938