À l’exemple des Ninivites qui firent pénitence sous la cendre et le cilice, l’Église, pour humilier notre orgueil et nous rappeler la sentence de mort que nous devons subir par suite du péché, répand aujourd’hui sur nos têtes un peu de cendre en nous disant: «Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière». — C’est le vestige d’une ancienne cérémonie dont nous parle le Pontifical romain. Dans l’antiquité chrétienne, les fidèles qui avaient commis des fautes graves de notoriété publique, devaient se soumettre à la pénitence publique. Le Mercredi des Cendres, le Pontife bénissait les cilices qu’ils allaient porter durant la Sainte Quarantaine; puis, tandis qu’on chantait les sept psaumes de la pénitence, «on expulsait les pénitents du lieu saint à cause de leurs péchés, comme Adam, le premier homme, avait été chassé du paradis à cause de sa désobéissance». Ils ne déposaient leurs vêtements pénitentiels et ne rentraient dans l’église que le Jeudi Saint, après la longue pénitence du Carême, en obtenant leur réconciliation par l’absolution sacramentelle. — La cérémonie de la bénédiction et de l’imposition des Cendres, telle que nous la connaissons maintenant, est un vestige et une transposition de l’ancienne pénitence publique; ce qui à l’origine ne concernait qu’une catégorie de fidèles a fini par s’appliquer, en perdant de sa rigueur, à tous les fidèles sans exception. À partir du XIe-XIIe siècle, c’est tout le monde, les fidèles et le clergé lui-même, qui s’avoue coupable et entreprend de «se convertir» en faisant pénitence, pour implorer «la miséricorde du Dieu tout-puissant qui pardonne toujours aux pécheurs repentants». Recevons donc les cendres, et recevons-les dans un esprit d’humilité et de pénitence afin que ce puissant sacramental nous obtienne de Dieu les grâces que l’Église implore en les bénissant. Toute la messe nous inculque le sens chrétien du jeûne et de la pénitence. — C’est Dieu qui pardonne, dans Sa miséricorde, et non pas nous (Intr., Grad., Trait, off.). Mais Dieu ne nous sauve pas sans nous; l’Église nous invite à entreprendre avec piété cette collaboration nécessaire, et à la poursuivre avec persévérance jusqu’au bout; avec confiance aussi: «dans la sécurité» (Or.). Elle nous rappelle, à la fois dans l'épître et dans l'évangile, qu’il ne s’agit pas tant d’observances extérieures que de l’âme qu’on y met, une âme repentante qui s’ouvre à nouveau à l’action de Dieu sur elle, une âme confiante et fidèle, soucieuse de répondre à Son appel, et qui attache plus de prix aux trésors qui s’amassent dans le ciel qu’aux richesses de la terre. (Sag. 11, 24-25 et 27) Vous avez pitié de tous, Seigneur, et Vous ne haïssez rien de tout ce que Vous avez fait; Vous fermez les yeux sur les péchés des hommes à cause du repentir et Vous leur pardonnez, car Vous êtes le Seigneur notre Dieu. Ps. Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez pitié de moi; car en Vous mon âme cherche un refuge. Gloria Patri. Accordez, Seigneur, à Vos fidèles, d’entreprendre ce temps de jeûne solennel avec la piété voulue et d’en poursuivre le cours avec une dévotion soutenue. Par Jésus-Christ... Lecture de l’Épître du prophète Joël (2, 12-19) Le Carême s’ouvre aujourd’hui. Partout le grand jeûne est solennellement annoncé: les cendres de la pénitence marquent tous les fronts. Que nos têtes s’humilient à la pensée de la mort; que nos cœurs se brisent de douleur au souvenir de nos péchés; faisons trêve aux plaisirs: voici le temps de la prière et des larmes! Pendant quarante jours l’Église, prosternée devant Dieu, vêtue de la sombre parure violette, ne cessera point d’exhaler ses gémissements. Sept fois le jour elle mettra sur les lèvres de ses ministres des prières plus longues et plus pressantes. Chaque matin la Victime de l’autel S’immolera plus spécialement pour le salut du pécheur. La parole sainte sera distribuée avec plus d’abondance et de fruit. Les pieux fidèles multiplieront leurs œuvres de charité et de mortification. Dans le Ciel, Jésus, Marie, les Anges, les Saints, solliciteront pour nous avec plus d’instance la clémence divine. Dieu Lui-même prêtera une oreille plus favorable à nos accents; déjà Il tend Ses bras au pécheur; Il lui promet un pardon complet, s’il se convertit. Au milieu de ce grand mouvement de tous les cœurs chrétiens, que le nôtre ne reste pas insensible! Qu’il se tourne enfin vers Dieu, et qu’il commence dès aujourd’hui à quitter ses voies mauvaises! (Abbé Janvier) (Ps. 82, 19 et 14) ℣. Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez pitié de moi; car en Vous mon âme cherche un refuge. ℣. Il a envoyé du ciel Son secours pour me sauver; Il a couvert de confusion ceux qui me foulaient aux pieds. Suite du saint Évangile selon saint Matthieu (6, 16-21). Au commencement de la sainte quarantaine d’abstinence et de jeûne, l’Église nous rappelle que toute mortification serait vaine, si elle n’était faite pour Dieu, et pour Dieu seul. Tout ce qui est de la terre meurt avec nous, mais ce qui est du Ciel et de Dieu nous suit à la mort pour la vie éternelle. Faisons donc toutes nos œuvres pour Dieu, pour être vus de Dieu, non des hommes, et toutes nos œuvres seront récompensées éternellement. (Abbé Janvier) Sources: Missel quotidien et vespéral, par Dom Gaspar Lefebvre et les Bénédictins de l'Abbaye de St-André, Apostolat Liturgique, Bruges, 1951Mercredi des Cendres

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Épître
Voici ce que dit le Seigneur: Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et les lamentations. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et prêt à s’affliger du mal qu'il envoie. Qui sait s’il ne se ravisera pas, pour nous pardonner et laisser après lui, comme signe de sa bénédiction, des offrandes et des libations à présenter au Seigneur votre Dieu? Sonnez de la trompette dans Sion, ordonnez le jeûne, convoquez l’assemblée; réunissez le peuple, ordonnez l’assemblée; convoquez les vieillards, réunissez les enfants et les nourrissons à la mamelle. Que l’époux quitte sa chambre et l’épouse son pavillon. Qu’entre le portique et l’autel, les prêtres, ministres du Seigneur, pleurent et disent : Épargnez- nous, Seigneur, épargnez votre peuple, et ne livrez pas votre héritage à l’opprobre pour y faire régner les nations. Pourquoi dirait-on parmi les peuples : Où est leur Dieu? Le Seigneur s’est pris de zèle pour son pays et il épargna son peuple. Il répondit et dit à son peuple: Voici que je vous envoie le blé, le vin, l’huile, et vous en serez rassasiés, et je ne vous livrerai plus à l’opprobre parmi les nations: parole du Dieu tout-puissant.Réflexion sur l'Épître
Graduel
Trait
(Ps. 102, 10) Seigneur, ne nous traitez pas selon nos péchés; ne nous punissez pas selon nos iniquités. ℣. Seigneur, ne Vous souvenez plus de nos fautes d’autrefois; hâtez-Vous, prévenez-nous de Vos miséricordes, car nous sommes malheureux à l’excès. ℣. (On fléchit le genou). Aidez-nous, ô Dieu notre salut; pour l’honneur de Votre nom, Seigneur, délivrez-nous et pardonnez nos péchés à cause de Votre nom.
Évangile
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples: «Quand vous jeûnez, n’ayez pas un air triste, comme les hypocrites; ils prennent une mine défaite, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité, Je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que les hommes ne voient pas que tu jeûnes, mais ton Père, qui est là dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où la rouille et les vers détruisent et où les voleurs fracturent et volent. Amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n’y a ni rouille ni vers qui détruisent, ni voleurs qui fracturent et qui volent. Car là où est ton trésor, là aussi est ton cœur.»Réflexion sur l'Évangile
Épîtres et Évangiles des dimanches et des principales Fêtes de l’année, avec des Réflexions, par M. l’abbé Pierre-Désiré Janvier, Doyen du Chapitre de l’Église métropolitaine de Tours, Maison Mame, 1938